07 décembre 2020

Ventilation, chauffage et climatisation : une urgence à agir pour protéger les espaces de travail contre la COVID-19

ventilation climatisation bureaux COVID-19

Depuis le début de l’épisode épidémique, une question lancinante revient : les systèmes CVC (chauffage-ventilation-climatisation) peuvent-ils contribuer à diffuser la COVID-19 à travers les espaces qu’ils traitent, en premier lieux les bureaux ?

Au printemps dernier, les chercheurs estimaient que le virus se propageait uniquement de personne à personne par les gouttelettes libérées dans l’air lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue. Ces mêmes chercheurs ajoutaient que ces gouttelettes ne restaient pas longtemps en suspension dans l’air, mais tombaient irrémédiablement au sol.

Depuis lors, il a été établi que si les virus, de par leur extrême légèreté, ne peuvent persister seuls dans l’air ambiant puisqu’ils sont soumis aux mouvements de l’air. En revanche ils peuvent se fixer en nombre sur des particules fines, issues de pollutions intérieures ou extérieures, et ainsi rester quelques heures en suspension dans l’air, voire plusieurs jours. On parle alors d’aérosols, très légers et invisibles à l’œil nu, capables de « voyager » sur plusieurs mètres une fois expulsés, et de se disperser de façon beaucoup large dans l’air ambiant que les gouttelettes.

Nos experts vous précisent les points de vigilance à porter sur les systèmes CVC (chauffage, ventilation et climatisation) dans les bâtiments tertiaires et les bureaux en particulier, pour contenir la propagation des aérosols susceptibles de transporter des charges COVID-19.

1. Augmentez l’apport et l’extraction d’air

Dans les bâtiments occupés pendant l’épisode COVID-19, activez le système de ventilation plusieurs heures avant l’arrivée des occupants et coupez le plusieurs heures après leur départ. Idéalement, laissez fonctionner la ventilation 24 heures sur 24 7 jours sur 7.

Une ventilation permanente permet en effet d’évacuer vers l’extérieur les particules fines porteuses de charges virales, et d’empêcher la stagnation de virus sur les différentes surfaces (mobiliers etc…).

2. Aérer plus fréquemment

Dans les bâtiments dépourvus de ventilation mécanique, il faut aérer un maximum afin de favoriser le taux de renouvellement d’air.

Dans les bâtiments pourvus de ventilation mécanique, aérer favorise également le taux de renouvellement d’air. Le Protocole National de déconfinement recommande une aération naturelle des locaux au moins 15 mn au moins toutes les 3 heures.

3. L’humidification et le conditionnement d’air n’ont aucun effet virucide, mais une surveillance de la température et de l’humidité est impérative.

Même si la transmission de certains virus peut être limitée en modifiant les niveaux de température et d’humidité, la COVID-19 est un virus assez résistant aux variations environnementales. Il est vulnérable à une humidité relative importante > à 80% et à une température supérieure à 30°C. Ce qui n’est ni atteignable ni acceptable dans un bâtiment tertiaire occupé.

Néanmoins, il est important de conserver une hygrométrie convenable -idéalement entre 40% et 60% de taux d’humidité – car un air trop sec favorise le maintien des particules fines dans l’air ambiant, potentiellement porteurs de virus.

4. Ventilation : utilisez les échangeurs thermiques avec précaution

Alors que les groupes simple flux ne présentent qu’un très faible risque de contamination, le débit d’air ne permettant pas de « balayer » des gouttelettes infectées d’une pièce à l’autre, les ventilations double-flux, qui se servent de l’air intérieur pour doper leur efficacité, sont plus problématiques.

Paradoxalement les plus performantes d’entre elles, à savoir celles qui permettent une récupération de chaleur par contact entre les flux d’air extrait et insufflé – pour maximiser l’économie d’énergie – sont susceptibles de favoriser la réinjection de virus dans les locaux.

Pour éviter cette éventualité, il convient avant le retour des collaborateurs au bureau de bypasser les échangeurs enthalpiques ou à roues des groupes double-flux qui en sont équipés et fonctionner en flux séparés sans récupération de chaleur. Les caissons double flux et les CTA offrent systématiquement cette possibilité.

De manière générale, on recommande évidemment d’éviter tout recyclage de l’air pendant l’épisode COVID-19, en fermant les registres de recirculation, pour ventiler en tout air neuf.

5. Le nettoyage des gaines n’a aucun effet pratique

Le nettoyage des gaines n’apporte pas une efficacité contre l’infection pièce par pièce. Le système de ventilation ne représente en effet pas une source de contamination si les conseils, ci-dessus, portant sur les récupérateurs de chaleurs et sur le recyclage se trouvent respectés.

6. Le remplacement des filtres à air neuf n’est pas nécessaire

Les systèmes de ventilation modernes sont équipés d’un filtre finisseur (ISO ePM1) en aval de la prise d’air extérieure. Avec ces derniers, on observe généralement une efficacité sur les particules contenues dans l’air extérieur. Par sécurité, assurez-vous que c’est bien le cas. Le cas échéant installez des filtres finisseurs ePM1 > 80%.

 7.  Le « casse-tête » du chauffage et de la climatisation 

La perspective d’adapter la température des locaux au confort des salariés se heurte aux incertitudes qui demeurent sur la propension des installations de chauffage et climatisation à diffuser les virus dans l’air ambiant.

En effet, par définition, les unités intérieures de chauffage et climatisation brassent l’air en circuit fermé.

Un flux d’air important, bien plus que celui provenant de la ventilation, issu d’une unité intérieure de chauffage ou climatisation avec soufflage et reprise, quelle que soit la technologie – détente directe ou émetteur à eau – contribue sans nul doute à l’augmentation du risque de propagation.

Pour limiter le risque, une première recommandation consiste à régler les débits d’air sur le minimum, pour réduire la portée du flux d’air. Le confort thermique s’en trouvera réduit, et certaines parties du local ne seront plus rafraîchies, mais c’est le prix à payer pour plus de sécurité.

Face à la menace COVID-19, toutes les solutions de rafraîchissement ne se valent pas : celles qui fonctionnement par radiation – dalle active, plancher, plafonds – ne présentent aucun risque puisqu’elles ne comportent pas de ventilateur. Contrairement aux poutres froides – motorisées ou non – qui fonctionnent aussi par débit d’air et présentent donc, à cet égard, les mêmes contraintes que des ventilo-convecteurs ou des unités intérieures de climatisation à détente directe.

8. Les unités mobiles de traitement d’air peuvent représenter un complément utile

Pour être efficaces contre le nouveau coronavirus, les filtres à air doivent impérativement correspondre au classement « HEPA » (High Efficiency Particulate Air).

Ces mêmes filtres sont ceux préconisés par les pouvoirs publics dans le Protocole National de Déconfinement pour l’utilisation des aspirateurs : au passage veillez donc à ce que votre société de nettoyage se conforme à cette disposition. De la sorte les charges virales présentes sur les sols pourront être filtrés efficacement lors des opérations de nettoyage.

La Covid-19 a une taille qui varie de 0,08 à 0,16 micromètres.

Pour être efficace sur ce type de particule, Il faut utiliser au minimum un filtre de classe HEPA H13 captant 99,99 % des particules > à 0,3 μm.

L’idéal serait même de travailler avec des filtres U15 qui captent 99,9999 % des particules > à 0,12 μm (filtres « ULPA » ).

Malheureusement, il est la plupart du temps impossible techniquement d’ajouter un étage de filtration absolue dans les systèmes de ventilation « fixes » existants.

Aussi, une alternative intéressante et facile à mettre en œuvre est l’installation de solutions mobiles de décontamination et de filtration de l’air. Outre un effet efficace contre tous types de particules et substances nocives (non seulement les virus mais tous types de bactéries, pollens, COV provenant des équipements neufs etc…), elles permettent également la mise en dépression ou en surpression d’un local.

Attention néanmoins de veiller à ce que les mouvements d’air créés par ces unités mobiles ne soit pas dirigée vers des personnes lorsqu’elles sont présentes dans le local. Ainsi, cette solution convient bien dans le cas de locaux individuels, ou d’open space aménagés en îlots. Dans le cas contraire, une installation en plafond suivant une trame suffisante peut permettre d’assurer un mouvement d’air ascendant sans risque de contaminer les employés.

Les gammes grand public connues sous le nom de purificateurs d’air ne sont pour la plupart pas efficientes car leurs filtres ont des performances inférieures aux gammes HEPA (voir notre article sur la qualité de l’air en télétravail).

unité filtration mobile bureaux COVID-19 ventilationL’idéal pour un bon rapport qualité/prix est un HEPA niveau H13 permettant de filtrer au moins 99,95% des particules. Des filtres plus fins de type ULPA sont envisageables, mais ils entraînent une chute de pression qui nécessitent un dimensionnement plus conséquent pour maintenir des débits d’air adaptés.

Outre l’effet sur les virus, une unité de filtration mobile a pour effet d’apporter un sentiment de fraîcheur agréable qui pourrait compenser -même en partie – l’atténuation de la climatisation dont nous avons discuté précédemment.

Par ailleurs, certains modèles intègrent des lampes germicides qui permettraient d’affaiblir le virus grâce au rayonnement UV produit. L’efficacité réelle de tels procédés, déjà beaucoup utilisés en milieu médical nécessite cependant une confirmation.

Il faudra définir le choix du modèle adapté, l’emplacement le plus adéquat dans le local, la bonne utilisation en conjonction avec le système de traitement de l’air pour éviter de créer des zones de turbulences.

9. La désinfection, un impératif en cas de détection de personnes contaminées

En cas d’occupation des locaux moins de 5 jours avant la date du 11 mai (même par une seule personne), ou si une personne contaminée occupant les locaux a été détectée, une opération de décontamination complète s’impose, suivant le Protocole Nationale de Déconfinement.

En effet, un traitement de l’air aussi efficace soit-il et même fonctionnant 24h/24 ne permet pas de « décoller » toutes les particules potentiellement porteuses de virus.

désinfection bureaux COVID-19Plusieurs procédés de décontamination existent, brumisation, nébulisation, pulvérisation, plus ou moins adaptées en fonction des types de locaux et volumes à traiter.

La désinfection se fera avec un produit répondant à la norme virucide (NF EN 14476 juillet 2019), ou avec d’autres produits comme l’eau de Javel à la concentration virucide de 0,5% de chlore actif (par exemple 1 litre de Javel à 2,6% + 4 litres d’eau froide).

Attention au temps de séchage, cette opération ne doit pas être réalisée au dernier moment !

Il conviendra simultanément de mettre en place une surveillance de la qualité de l’air intérieur car les produits de nettoyage et de désinfection peuvent, outre la question de l’odeur désagréable, avoir des effets sanitaires indésirables pour les employés (émission de COV etc…).

En conclusion, le maintien d’une qualité de l’air intérieur appropriée, débarrassée au maximum des charges virales, requiert une attention soutenue tant sur le plan du fonctionnement des installations climatiques que des opérations de nettoyage et de désinfection.

Guide audit sanitaire COVID-19

BLOOM INSIDE, spécialisé dans la qualité de l’environnement physique de travail, accompagne les entreprises pour apporter des solutions adaptées aux bureaux dans le cadre de la menace COVID-19 (audit ventilation, chauffage et climatisation, choix des matériels et équipements, aménagement des locaux).

Pour faciliter la tâche des exploitants de bureaux, nous avons élaboré un guide pratique d’audit sanitaire interne COVID-19, disponible sur demande dans notre rubrique « outils » : ce guide traite notamment des installations de traitement de l’air (chauffage, climatisation et ventilation). Il y a une actualisation à chaque mise à jour du protocole national de déconfinement pour les entreprises.

N’hésitez pas à nous contacter pour toutes demandes d’information concernant la ventilation et la climatisation dans vos bureaux à l’ère de la période COVID-19.

 

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