17 avril 2020

Quelles conséquences de l’épisode COVID-19 sur l’aménagement et l’utilisation des espaces de travail ?

aménagement espaces tertiaires COVID-19

Après la dernière intervention de notre Président, la perspective, si attendue par beaucoup d’entreprises, de reprendre un cours plus normal de leurs activités, laisse beaucoup d’interrogations en suspens, notamment concernant les nouvelles règles d’aménagement des espaces tertiaires rendus nécessaires par l’épisode COVID-19. Notons en effet à ce sujet que le Protocole National de Déconfinement destiné aux entreprises ne donnent que peu de clefs à ce sujet, en dehors des règles de distanciation et d’espace à allouer à chaque collaborateur.

En premier lieu, comment va-t-on pouvoir organisé le retour en entreprise des télétravailleurs ?

La menace latente de reprise de la pandémie planera encore et sans doute pour de long mois. Dans l’attente de moyens effectifs de dépistage du virus et de « tracking », la progressivité du déconfinement et la capacité des entreprises à garantir des dispositifs de protection efficaces pour leurs collaborateurs seront probablement déterminantes.

A ce titre, la forte attente des salariés de retrouver leurs collègues et de pouvoir à nouveau « socialiser » sera difficile à gérer par les départements RH qui devront faire preuve de pédagogie dans le cadre d’un retour différé des différentes équipes.

Pendant la période de confinement, beaucoup de dirigeants ont fait l’expérience, à leur grande surprise, que télétravail ne rime pas forcément avec réduction de la productivité : ils seront de fait enclins à laisser plus d’autonomie à leurs collaborateurs dans le cadre de la réorganisation du travail qui ne va pas tarder à s’imposer.

A n’en point douter, le nécessaire ajustement des ressources humaines et matérielles, conjugué au besoin de sécuriser durablement les locaux de travail, vont dessiner de nouvelles tendances en matière d’aménagement.

Certains experts pariant sur la fin de l’open space et du flex office, nous misons au contraire sur la poursuite de leur expansion, mais suivant de nouveaux modèles qui mettront plus l’humain et son bien-être au cœur des réflexions.

A cet égard, l’épisode COVID-19 va avoir pour effet immédiat de redonner de l’espace aux salariés, du fait des obligations de distanciation. Par ailleurs, les objets connectés seront d’une grande utilité pour mesurer les paramètres de confort dans les espaces de travail, comme la qualité de l’air intérieur et l’hygrométrie notamment. L’obligation collective de prévention sanitaire sacrifiera probablement les légitimes réticences liées à la protection des données personnelles qui freinaient jusqu’ici leur adoption.

Les nuisances sonores qui constituent la source d’insatisfaction principale en open space devront également faire l’objet d’un traitement différent. Que va-t-on faire des box téléphoniques, dont l’usage a littéralement explosé ces dernières années, qui ne semblent plus garantir une sécurité suffisante compte tenu du risque de contagion liée à une rotation élevée de l’utilisation ?

Ainsi, les entreprises devront-elles réinventer leurs espaces intérieurs pour augmenter le niveau de confort et de sécurité, tout en réduisant les charges d’exploitation pour satisfaire à un délicat équilibre budgétaire. La réduction des surfaces louées, lorsque le bail le permet, sera un levier prioritaire, de même qu’à un moindre niveau, les économies d’énergie, dans le cadre de la nouvelle obligation liée au décret tertiaire.

A l’inverse, les dépenses d’entretien et de nettoyage partiront inévitablement à la hausse – prévention Covid-19 oblige.

Bailleurs, gestionnaires et locataires devront débattre de la question du traitement de l’air.

Finalement les entreprises pourraient être tentées de recourir davantage au coworking, pour accueillir leurs salariés éloignés tout en variabilisant leurs charges dans un contexte tendu. Il n’est pas sûr néanmoins que l’ambiance design et décontractée qu’apprécie la clientèle des indépendants suffise aux salariés, habitués à une forte culture d’entreprise, et à une attention soutenue en matière d’ergonomie et de qualité de vie au travail.

Aussi, les entreprises auront certainement intérêt à veiller à la santé de leurs collaborateurs travaillant dans les lieux tiers, particulièrement pour le travail à domicile où la santé et la sécurité des salariés dans l’exercice de leur mission doit être assurée.

En conclusion, un savant équilibre devra être trouvé pour optimiser l’attractivité, le coût et la performance des différents lieux de travail en jouant sur leur complémentarité. Les locaux de la société devront quoi qu’il arrive rester le lieu « socle » pour permettre aux salariés d’une part de se réunir, d’échanger et de communiquer, d’autre part de se réimprégner de l’image, des valeurs et du dynamisme de l’entreprise. L’aménagement des espaces tertiaires doit ainsi se réinventer pour tenir compte de la menace pandémique qui perdurera probablement au-delà de l’épisode COVID-19. Sachant que les professionnels devront aussi tenir compte des nouvelles réglementations en matière de sobriété énergétique, comme le décret tertiaire.

Anne-Sophie MULLIEZ

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